LE PÈRE NOËL EST UNE ORDURE 1982 N°1/3 (ANÉMONE, Thierry LHERMITTE)

Vous êtes encore là, vous ? Ça fait dix fois qu’on vous dit de partir. Oh, le trottoir est à tous le monde, on est en république. Je m’excuse, j’essaie de gagner ma croûte, on m’empêche de travailler. Je sors de prison, j’ai payé ma dette à la société, et j’ai pas honte de le dire, on m’empêche de me réinsérer maintenant. Oui, et bien tu vas arrêter de faire ton scandale ici, sinon on va te taper. Donnez-moi un morceau de cette chose longue et molle… Oh je suis désolée de vous avoir dérangée. Non Madame, vous ne m’avez pas dérangée du tout. Nous sommes là pour ça Thérèse c’est Josette, réponds-moi. Ici SOS Détresse-Amitié, nous avons bien reçu votre appel, surtout ne quittez pas, une voix amie va bientôt vous répondre. Bien, bien, bien. Pas eu trop d’appels Thérèse ? Non, rien de grave, la routine quoi. Oui depuis dix-huit heures nous n’avons eu qu’un appel. C’est cela oui. Allo, SOS-Détresse-Amitié, bonjour je vous écoute. Allo, SOS-Détresse ? Allo, je ne vous entends pas. Allo, SOS-Détresse, je suis au bout du rouleau là. Qu’est-ce que je dois faire ? Allo, appuyez sur le bouton… Dites-donc Thérèse, un seul appel depuis dix-huit heures, pour un soir de Noël, c’est tout de même très came. Oui mais notez d’un sens, tant mieux. C’est cela, oui, oui, oui. … Ah, un appel. Allo, Détresse-Amitié, oui joyeux Noël Monsieur. Mais Monsieur, vous ne me dérangez pas. Je suis là pour vous écouter. Et bien je vous appelle parce que je suis très seul ce soir. Et bien non Monsieur, justement vous ne l’êtes plus. Toute l’équipe de Détresse-Amitié est là qui vous écoute. Ah… est-ce que je pourrais passer vous voir ? Ah non Monsieur, ça ça n’est pas possible, non. Non par contre peut-être avez-vous de la famille avec qui passer la soirée ? Non, ils ne m’apprécient pas. C’est cela oui. Et un bar-tabac qui ferait réveillon à côté de chez vous ? Non, non-non. Non plus. Et bien Monsieur, confiez-vous à nous, nous sommes là pour vous écouter. Voilà, je ne sais plus où j’en suis, je ne sais plus qui je suis. Je ne sais même pas si c’est moi qui parle en ce moment, alors… Ah, si, si, c’est vous me parlez en ce moment, je vous assure. Allo ? Allo. Ne vous laissez pas aller Monsieur. Monsieur, vous êtes dans une mauvaise passe, mais le bout du tunnel n’est peut-être pas si loin. Oui, je vous appelle parce que, euh, j’ai un problème. Vous voyez ? un problème. Enfin c’est pas vraiment un problème, non, c’est au niveau de moi. Enfin quand j’étais petit, je supportais mal la province. Non, c’est pas vraiment pour ça que je vous appelle, c’est pour Alice. Elle supportait pas non plus… Écoutez Pierre, ne faites pas l’enfant…. Je sais pas si je me fais bien comprendre… Si parfaitement c’est très clair, je vous suis parfaitement… Écoutez Pierre, je suis avec un pauvre garçon incapable d’aligner trois mots corrects, alors… Merci, alors sympa Il a raccroché, c’est un garçon très timide. Alors puisque vous ne pouvez pas attendre trois secondes, Joyeux Noël, Pierre. Ah c’est pour moi ? Écoutez, c’est très… il ne fallait pas. Voilà, voilà. Oh écoutez… J’espère que ça vous plairai, c’est dur avec vous, vous avez tout. Oh non, rien que d’avoir pensé que c’était Noël, c’est déjà formidable. Vous ne l’ouvrez pas ? Si bien sûr, mais de l’extérieur, c’est magnifique. Oh, oh. aaah. Oh, une serpillière, c’est formidable, Thérèse, je suis ravi, écoutez… Non, Pierre, c’est un gilet. Ah oui, ah mais bien sûr. Bien sûr c’st un gilet, il y a des trous plus grands pour les bras… Alors… Je suis ravi Thérèse, vraiment je suis ravi. Et point de vu des couleurs parce que j’avais pensé à un joli camaïeu de bleu marine comme je sais que vous aimez bien puis je me suis dit, dans ces tons là, ça changera. Vous avez tout à fait raison Thérèse, parce que le gris et le bordeaux ça va avec tout alors vous risquez pas de vous tromper. Et puis c’est une chose qui n’est pas commune, et que vous ne verrez pas chez tout le monde. Ah bien j’espère bien Thérèse, j’espère bien. Écoutez si vous saviez ce que ça tombe bien, je me disais encore hier soir, qu’il me manquait quelque chose pour descendre les poubelles. Je suis ravi Thérèse !
Back to Top